Sunday, May 3, 2015

La culture et la vie

Innover pour changer le monde – Quand l’éducation passe par le conte

En Afghanistan, le récit oral, souvent pratiqué sur la place publique, a longtemps servi à transmettre aussi bien des valeurs ou des croyances que des informations. « Dans ce pays, quand les députés n’arrivaient pas à tomber d’accord, ils commençaient un tour de poésie avant de reprendre les débats », explique Selene Biffi, une Italienne qui travaille périodiquement en Afghanistan. Mais des décennies de guerre et d’occupation ont fait tomber le conte dans l’oubli. D’autant que 68% de la population actuelle a moins de 27 ans et que le pays affiche l’un des plus forts taux d’analphabétisation du monde.

Après un long séjour à Kaboul, Selene Biffi a pourtant l’intuition que cette pratique peut aider les jeunes Afghans. Par le biais de son association, Plain Ink, elle persuade l’un des derniers grands conteurs du pays de transmettre son art. En 2012, elle reçoit un prix Rolex qui l’aide à mettre en place une première session de cours. Une quinzaine de chômeurs de Kaboul, garçons et filles, sont alors invités à suivre un cursus complet autour du thème du conte. Au programme de la Qessa Academy : ateliers d’écriture, arts de la scène, mais également exposés sur la santé publique et les droits de l’homme.
Après six mois de formation, les premiers étudiants sont transformés : ils ont appris à parler devant un public et ont pris confiance en eux. Désormais, certains travaillent comme conteurs dans des fondations et des ONG afghanes. Leur rôle : maintenir en vie cette tradition orale et transmettre des messages d’hygiène, par exemple. Des conteurs ont même enregistré des histoires. Un premier pas. Selene Biffi espère pouvoir multiplier ces sessions. La parole est en marche.

Par Céline Lison
Illustration : Raphaël Drommeschlager




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